Ut Cinquième

Ut cinquième, 13 juin 2010, direction Jérôme Hilaire, soliste Marie-Paule Dotti.

Pour les habitants du 20ème il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour assister à des concerts de qualité. Le Théâtre des Amandiers, par exemple, en haut de la rue de Ménilmontant,  présente toujours d’intéressants programmes. J’y ai moi-même dirigé l’Orchestre de Transylvanie en tournée en France et organisé des concerts de l’Association de Musique Contemporaine « Musique Plus » dans les années 70.

 

Juste en face, de l’autre côté de la rue, l’église Notre Dame de la Croix accueillait l’Orchestre Symphonique « Ut cinquième » (la clé qui n’existe pas) le 13 juin 2010, dans une acoustique généreuse qui ne nuisait en rien à un programme romantique seyant particulièrement bien à l’Orchestre. Ce répertoire lui va comme un gant.

 

Pour commencer « Siegried-Idyll » de Wagner, œuvre écrite à l’origine pour cinq cordes et sept vents et que les orchestres symphoniques se sont appropriés car elle a tout à gagner à voir étoffé son effectif de cordes. Le chef, Jérôme Hilaire, a placé les vents en première ligne, comme s’il s’agissait d’une « sinfonie concertante ». C’est une heureuse initiative pour rétablir quelque peu l’équilibre original malmené par le gonflement des cordes. A remarquer le solo irréprochable du premier cor.

 

Après le célèbre prélude de Lohengrin, la soprano Marie-Paule Dotti entre en scène pour des extraits significatifs de Lohengrin, de Tannhaüser et de Tristan. Très belle voix bien maîtrisée, métier solide, sens aigu du dramatique : une Artiste de premier plan.

 

Ce programme Wagner fut entrecoupé par l’Ouverture du Freischütz de Weber. Les traits d’orchestre, dans les pupitres de cordes, y sont propres car ils ont été bien travaillés ; l’équilibre sonore, dans cette acoustique difficile, est bien assuré ; les nuances bien respectées : que demander de plus en général ? Et bien, dans ce cas, le « plus » c’est l‘enthousiasme des musiciens que l’on sent concernés par leur travail : ils ne jouent pas sur la routine, leur amour de la musique et de leur orchestre se ressent d’un bout à l’autre du programme. Jérôme Hilaire, par ailleurs, a su les motiver et les rassurer. Sa direction est claire et sans geste inutile. Pas d’esbroufe, rien que de l’utile et du nécessaire pour donner confiance à ses troupes et en tirer le meilleur. Il peut s’appuyer, parailleurs, sur des chefs de pupitres solides, en particulier sur le « koncertmeister » qui a réglé le matériel des cordes  pour obtenir une discipline collective de justesse et de mise en place irréprochable.

 

A remarquer un programme, distribué aux auditeurs, bien documenté dans sa simplicité et qui reproduit, en particulier, in extenso, la lettre adressée à Wagner par Baudelaire en 1860, l’assurant de sa grande admiration alors que tous les critiques et mélomanes parisiens de l’époque le descendaient en flamme. Il faut dire que, parfois, la critique avait en partie raison car bien souvent les œuvres de Wagner ont été représentées à Paris dans les pires conditions. En particulier au Théâtre du Ranelagh dont le plateau et la fosse d’orchestre sont tout juste aptes à accueillir, et encore avec difficulté, une opérette d’Offenbach, comme on peut s’en rendre compte aujourd’hui. Notons que, pour un compositeur vivant, les temps n’ont pas changé sur ce point à Paris !

 

Un très beau et très émouvant concert.

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