Quatuor de Chartres 25ème anniversaire à Cortot 3.12.2010

Il est coutume de dire qu’un quatuor est constitué de quatre musiciens qui n’en font qu’un.  C’est ce que le « Quatuor de Chartres » a démontré tout au long du concert qu’il a présenté Salle Cortot à l’occasion de son 25ème anniversaire ; son programme est, par ailleurs,  le reflet de ses préoccupations faites de tradition, d’originalité et de modernité, avec le souci d’être l’ambassadeur du patrimoine musical national trop souvent délaissé.

 

Deux compositeurs français trop oubliés du grand public encadrent le 21ème quatuor KV 575 de Mozart, l’un des derniers, écrit en 1789, dans lequel chaque pupitre a l’occasion de s’exprimer pleinement à commencer par le violoncelle de Philippe Pennanguer à la sonorité si raffinée, l’alto de Marc-Antoine Chomet qui sait estomper la lourdeur souvent inhérente à l’instrument et le rendre presque volubile, le violon de Robert Aribaud qui se fait remarquer à bon escient et avec tact, et naturellement le violon-leader de Patrice Legrand sur qui repose la réussite artistique et technique du Quatuor. Merveilleux outil au service le la musique et aussi de la politique culturelle d’un Département, l’Eure et Loir.

 

Le quatuor d’Alexis de Castillon (1838 – 1873) est une curiosité qui renferme tous les poncifs de son époque, en particulier le fugato contrefait, le pastiche des cadences d’airs d’opéras, les réminiscences wagnériennes, mais aussi des originalités comme de grandes phrases à l’unisson ou en octaves, des accords glissant par demi-ton, etc… C’est sa conception générale qui est surtout surprenante par le fait qu’elle ne semble répondre à aucun projet préétabli. A part le premier mouvement qui pourrait être une entité définie, les deux autres mouvements oscillent entre le « lent » et le « rapide » au gré de la fantaisie du compositeur. On pourrait associer ce quatuor à une histoire romanesque pleine de rebondissements, de transformations, d’inattendus, de réminiscences.

 

C’est ce qui fait que la musique de Castillon n’a pas été bien comprise ni bien accueillie à son époque, même lorsqu’elle a été servie par les plus illustres musiciens tel Saint-Saëns. C’est pourquoi aussi le public d’aujourd’hui, habitué qu’il est à la rapidité des images, des informations et des idées qui lui sont servies chaque jour à la télévision et au cinéma, est mieux préparé pour entrer dans ce discours et pour l’apprécier.

 

Le quatuor de Maurice Journeau (1898 – 1999) est tout autre. Plus homophonique il est basé sur une harmonie ravélienne raffinée, écriture impensable hors de nos frontières. C’est une volupté de bout en bout, admirablement sentie et rendue par les interprètes.

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