Orchestre Colonne, concert du 20/03/2010 à Pleyel

L’Orcheste Colonne à Pleyel. 20/3/2010

 

Fidèle à sa tradition plus que centenaire (presque 140 ans d’existence), l’Orchestre Colonne inscrit à chacun des programmes de tous ses concerts au moins une œuvre de compositeur vivant. Il n’a pas peur (comme beaucoup d’autres) de choquer ou de lasser, et l’on a pu se rendre compte que le public de ce concert, nombreux, non seulement admet très bien ce principe mais qu’il en est très satisfait.

 

« Edgar Poe » de Patrice Sciortino (88 ans, toujours actif, alerte, inventif, entreprenant) œuvre écrite pour les cordes seules, ouvre le concert et met bien en valeur la sonorité très parisienne des cordes de l’Orchestre. On est habitué à entendre des orchestre à cordes dont l’effectif est réduit au strict minimum (12 musiciens), aussi entendre cette pâte sonore de 50 cordes seules est impressionnant. Bonne idée pour débuter un concert symphonique, à reéditer avec une œuvre pour les vents seuls de l’Orchestre lors d’une future saison.

 

L’œuvre fait un usage permanent du procédé de l’ « ostinato », ostinato seul ou ostinatos superposés en strates décalées qui se contrarient en contrepoints savamment calculés, comme dans une course à pieds où chaque participant est à l’unisson sur la ligne de départ pour déployer, au signal,  un parcours personnel, chacun à son rythme, en fonction de ses moyens, et pour parvenir, l’un après l’autre, à la ligne d’arrivée.

 

A la complexité de l’écriture contrapunctique s’opposent de grands unissons de tout l’orchestre sur lesquels le déroulement du discours se détend, ménage le suspens pour mieux rebondir et repartir dans son obsession.

 

La belle sonorité et la solide maîtrise du violon solo (konzertmeister), Constantin Bogdanas, apporte à l’ensemble une diversion bien venue.

 

Suit le concerto pour piano n°3 de Prokofiev. L’orchestre y est très présent dans un dialogue permanent avec le soliste. Il n’y tient pas un simple rôle d’accompagnement mais bien celui d’un partenaire attentif, vigilant et qui a de la répartie, dans lequel tous les pupitres ont leur mot à dire. (On y apprécie la saveur des « bassons français » qui ne sont pas écartés de l’organigramme de l’Orchestre Colonne au profit de l’insipide « fagot » comme c’est la tendance actuelle dans de nombreux orchestres de l’hexagone). Le pianiste doit y faire preuve d’une très grande maîtrise et Georges Pludermacher, qui possède toutes les qualités techniques et musicales nécessaires pour rendre à cette partition tout ce que Prokofiev y a mis, est le pianiste incontournable dans cette œuvre de très haute virtuosité. Tout y est dans son interprétation : énergie à la limite de la brutalité, espièglerie et sarcasme, lyrisme contenu. Résultat : ovation enthousiaste de la salle entière.

 

La symphonie de Chausson ressemble par bien des points à son célèbre « Poème de l’Amour et de la Mer ». On a coutume de considérer que l’influence de Franck et Wagner s’y fait fortement sentir. Certes on retrouve dans le langage de Chausson des harmonies et tournures de l’un et de l’autre, mais il ne s’agit pas là d’un plagiat ou d’une imitation mais d’un enrichissement de son langage car le contexte de cette utilisation, conforme à l’air du temps, est très personnel et unique.

 

L’Orchestre Colonne se montre à l’aise dans cette musique, comme s’il l’avait inscrit à ses programmes tous les ans. Le Chef, Laurent Petitgirard, en vrai compositeur qu’il est, sait tirer de cette œuvre typiquement française toute la substance, tout le charme et toute la force expressive qui lui convient. Il en fait valoir les moindres détails, car il n’est pas un simple « batteur de mesure » comme le sont beaucoup de chefs aujourd’hui, mais un véritable artiste et un professionnel connaissant son métier sur le bout des doigts, avec des idées, des principes, des convictions, de l’autorité et de l’énergie.

 

Parmi les chefs de pupitres de l’Orchestre j’ai évoqué le talent du violon solo, mais je ne puis passer sous silence le beau solo du premier violoncelliste Marie-Claude Bantigny ainsi que le brillant des pupitres de cuivres (malgré quelques petites défaillances de justesse).

 

L’acoustique de Pleyel a été beaucoup améliorée par rapport à ce qu’elle était avant les travaux. Mais elle n’est pas encore proche de la perfection car si la qualité du son est là, l’équilibre entre les cordes et les vents n’est pas encore trouvé, sauf à vouloir brider et brimer l’ardeur des cuivres.

 

Quand je pense que l’Orchestre a failli être sacrifié sur l’autel de la rentabilité et voir ses soutiens publics supprimés, je ne puis que me réjouir de constater que cette mesure inexplicable et injustifiée ait été abandonnée car la programmation de Colonne est unique à Paris et la qualité est là.

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