Mollica-Quaruor Girard

Mollica-Quatuor Girard

Les saxophonistes sont certainement les interprètes les plus curieux pour élargir leur répertoire depuis la création tardive de leur instrument en 1846, aussi bien avec des œuvres nouvelles qu’avec des transcriptions, arrangements et adaptations.

Antonino Mollica, qui se produisait ce 20 novembre 2017 au studio 106 de la Maison de la Radio, avec le « Quatuor à cordes Girard », ne déroge pas à cette tradition en participant à l’interprétation de deux œuvres représentatives de cette tendance : le Quintette d’Adolf Busch (1932) pour saxophone alto et quatuor à cordes (œuvre originale), et « La Création du Monde » de Darius Milhaud (1923) arrangée pour saxophone et quatuor à cordes d’après la version première écrite pour 16 instruments.

Adolf Busch, compositeur et violoniste virtuose, connaissait parfaitement le style du quatuor à cordes pour l’avoir pratiqué au cours de ses nombreuses tournées avec le « Quatuor Busch » qu’il avait créé. Quelle intention a-t-il donc eu en voulant adjoindre à la sonorité homogène des cordes le son si particulier du saxophone ? Il aurait pu concevoir ce quintette comme un concerto pour saxophone accompagné par les cordes, cela aurait bien accentué la différence des sonorités.

Ce n’est pas l’option qu’il a choisie en écrivant là une partie de saxophone très contrapunctique, comme s’il s’agissait d’un cinquième instrument à cordes évoluant dans la tessiture de l’alto à cordes. Mais, dans cette option, il ne peut empêcher que le son si particulier du saxophone prime sur tous les autres, dans quelque nuance générale que ce soit. A-t-il donc réussi son projet ? La question reste posée. Remarquons, pour y répondre en partie, que ce mariage du saxophone et du quatuor à cordes est unique dans le répertoire.

Il n’en est pas de même pour « La Création du Monde » de Darius Milhaud, où l’arrangeur a adopté le parti-pris de l’instrument soliste (le saxophone) accompagné par le quatuor à cordes, cela même dans les passages jazzy dans lesquels Milhaud utilise le fugato, ce qui n’est pas dans sa nature.

Dans ces deux œuvres Antonino Mollica a fait preuve d’une grande maîtrise, arborant une palette de nuances très large, pendant que le Quatuor à cordes Girard, très solide autant que délicat dans ses phrasés, assurait son partenariat avec grand sérieux.

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