Mendelssohn à St Sulpice, Orchestre du Campus d'Orsay, choeurs

Mendelssohn : Symphonie-cantate op.52, Saint Sulpice, 5 juin 2010

On a cru, pendant un temps,  que la pratique musicale amateur se perdait en France, c’est ce que constatait Bernard Gavoty dans son ouvrage « Les Français sont-ils musiciens ? » paru en 1948. La situation a beaucoup changé depuis cette interrogation documentée, et dans bien des directions.

 

Par exemple on ne compte plus les chorales, réparties, avec de grandes disparités selon les régions (rien qu’à Paris 250 chorales recensées) et les orchestre d’harmonie. Les orchestres symphoniques sont moins nombreux. J’ai assisté il y a peu à un concert de l’orchestre « Le violon d’Ingres » dirigé avec brio par Claude Raymond avec en soliste l’excellente pianiste Isabelle Oehmichen. Très bon niveau.

 

Je sors du concert donné à Saint Sulpice par l’orchestre du Campus d’Orsay dirigé par Martin Barral qui a choisi de présenter une œuvre de Mendelssohn rarement jouée à Paris : La symphonie-Cantate n°2 op. 52, œuvre en deux parties, la première exclusivement orchestrale, qui pmet donc d’apprécier l’orchestre seul, la seconde en forme d’oratorio avec la participation de chœurs et de solistes vocaux.

 

Pour cette lourde opération Martin Barral a réuni plusieurs chorales de très bon niveau : - le chœur « A contretemps » de Françoise Pech, chef de chœur infatigable et talentueuse, abordant tous le styles de toutes les époques avec les différents chœurs qu’elle dirige, - le « Chœur  Amadeus de Paris » dirigé par Laurent Zaïk, chef  très professionnel qui a su hisser son chœur à un excellent niveau technique et artistique, - le « Chœur Darius Milhaud » fondé par le regretté Roger Calmel, compositeur de nombreuses œuvres chorales, dont la successeur Camille Haedt fait aussi une carrière d’organiste, - et enfin l’Ensemble Vocal « De Musica » de Martin Barral lui-même. En tout 200 choristes. Avec de telles troupes on ne peut s’attendre qu’au mieux.

 

Les trois solistes vocaux sont d’un très haut niveau : les soprani Marie-Noëlle Cros et Yana Boukoff dont les belles voix très différenciées donnent une dimension stéréophonique à leur duo, et le ténor Pierre Vaello, toujours très à l’aise dans le répertoire d’oratorio et qui aborde avec une égale facilité la scène lyrique comme le contemporain : un très grand artiste représentatif du timbre du ténor français.

 

L’œuvre se déroule sans surprise, guidée par une baguette de maître dans l’acoustique favorable de Saint Sulpice (du moins je ne puis juger que des premiers rangs).

 

Mendelssohn est mort jeune, à 38 ans. Son catalogue comporte 121 œuvres. C’est beaucoup moins que Mozart qui, mort à 35 ans, a écrit 626 œuvres. Mais la vie de Mendelssohn a été remplie de nombreuses activités plus sociales que créatrices : il a dirigé le Gewandhaus de Leipzig, réorganisé la vie musicale de Berlin, aidé les compositeurs de son temps comme Schuman, Raff ou Gade, fait redécouvrir l’œuvre de Bach oubliée de ses contemporains, en dirigeant notamment la « Passion selon Saint Matthieu », œuvre qui fut certainement, en partie, un modèle pour lui, d’autant que la fugue lui fut une forme familière que l’on retrouve aussi bien dans ses œuvres pour piano, pour orgue et pour orchestre que dans ses œuvres vocales.

 

La musique amateur n’est donc pas morte en France. Elle fait preuve d’une belle vitalité. C’est grâce à elle que l’on peut entendre des œuvres rarement jouées, bien que le fond de son répertoire reste toujours très traditionnel, mais pourquoi s’en plaindre ? Les pouvoirs publics (Etat et Collectivités) ne s’y sont pas trompés en mettant en place, après des années d’indifférence, des structures adaptées à la pratique amateur (plus pour les groupes rock que pour les quatuors à cordes, il faut le constater). Mais on est encore très loin de ce qui est fait pour le sport (pratiques amateur et commerciale confondues), quant on sait que les orchestres professionnels eux-mêmes ont du mal à disposer de salles convenables et d’auditoriums dignes de ce nom. Alors les amateurs se « débrouillent » comme ils peuvent pour trouver des lieux où se produire. Heureusement le clergé français est plus accueillant à la musique que celui d’autres pays. Si « faire de la musique », seul ou ensemble, n’est pas vraiment ancré dans les mœurs françaises, « la débrouille », elle, est une vraie tradition qui risque de durer encore longtemps.

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Le 18 juin 2011 le Chœur Amadeus, seul cette fois, présentait un programme attrayant : « Rebecca » de César Franck, œuvre rarement donnée et qui mériterait une plus ample diffusion, et le Requiem de Fauré, les deux œuvres accompagnées à l’orgue.

 

L’acoustique de Sainte Clotilde, fief de Franck, Tournemire et Langlais, gloires de la musique française, est parfaite : elle met en valeur les voix, celles des solistes comme celles des choristes, avec ampleur mais sans échos ni réverbérations incongrus. Les organisateurs de concerts ont d’ailleurs trouvé la bonne disposition et le bon emplacement pour les artistes : près du porche d’entrée, sous le grand orgue, soit en tournant le dos à l’autel.

 

Le Chœur Amadeus est en constante progression. Cela est dû naturellement à son administration qui sait entretenir l’enthousiasme et à son organisation bien réglée, mais aussi et surtout à son chef Laurent Zaïk,  expérimenté et exigeant, dont le travail porte ses fruits en profondeur : les voix sont homogènes, les timbres bien fondus, les attaques précises.

 

De son côté l’organiste Olivier Penin est digne de ses illustres prédécesseurs. Il possède un solide métier pour accompagner le chœur, à l’oreille, et sait suivre une baguette, à la vue. Il est vrai que les organistes n’ont pas toujours cette faculté de s’intégrer à un groupe, ils sont déjà très occupés avec leurs innombrables jeux à tirer, claviers à parcourir, pieds à agiter, partition à suivre, que c’est, en plus, leur demander l’impossible que de suivre un chef. Certains y parviennent et c’est un exploit que l’on ne relève pas assez.

 

Le baryton Frédéric Albou possède la voix et le timbre idéal de baryton français pour ce répertoire qu’il aborde avec sobriété. Belle voix, aussi, que celle de la soprano Jennifer Tani, quoique un peu trop dramatique d’une façon générale et particulièrement dans le Pie Jesu.

 

Je n’énumérerai pas tous les détails techniques et artistiques qui m’ont plus dans cette soirée, ce serait long et fastidieux. La conclusion suffit : ce concert fut un régal pour les mélomanes.

 

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