Ladislav Szathmary

Ladislav Szathmary violoncelle et Jana Petrasova-Leclerc piano

Ladislav Szathmary (27-01-13)

 

Ladislav Szathmary n’a pas plutôt posé l’archet sur son violoncelle que l’on comprend  que l’on a affaire à un très grand artiste doublé d’un parfait technicien de son instrument.

 

Ce qui saute aux yeux et aux oreilles immédiatement c’est l’extrême délicatesse de sa sonorité -(qui n’exclut pas un grand éventail de nuances),-  la légèreté et l’habileté de son coup d’archet, la musicalité de son phrasé et la justesse de son intonation.

 

Il faudrait une bonne dose de mauvaise foi ou de malveillance pour « dénicher » dans son jeu une quelconque faiblesse, la moindre défaillance, le plus petit défaut qui, souvent, trouble le jeu d’un interprète, et même parmi les plus réputés et reconnus, et gâte le plaisir de l’auditeur.

 

Ladislav Szathmary n’en est pas encore à la très grande notoriété qu’il mérite, mais, sur la place de Paris, il est très apprécié de tous les professionnels comme du cercle des mélomanes et de ses admirateurs qui s’agrandit de jour en jour.

 

On peut l’entendre très souvent à Paris et ailleurs, car il n’est pas avare de son temps, et notamment dans les incontournables sonates pour violoncelle seul de Bach.

 

Mais pour le concert du 26 janvier 2013 donné au Centre Culturel Tchèque (18 rue Bonaparte), son programme s’adapte au lieu pour rendre hommage à la culture tchèque et slovaque, avec 2 sonates de Beethoven et 2 œuvres typiquement originaires du Pays.

 

Certes, rattacher Beethoven à la culture tchèque demande une contorsion intellectuelle affirmée, car Beethoven, même si, de son vivant, a été admiré en Tchéquie comme ailleurs, on ne peut pas dire que ses attaches y étaient probantes : quelques incursions tout au plus. On ne trouve, par ailleurs, dans son œuvre, aucune référence à ce pays, pas la moindre variation sur un chant populaire tchèque. Mais, naturellement, des interprètes fidèles, comme Beethoven en a eu de son vivant dans l’Europe entière. On peut même affirmer que la France a exercé plus d’influence sur lui que n’importe quel autre pays, à cause de la Révolution qu’il admirait tant et qui le confortait dans l’affirmation de sa propre individualité réformatrice. Alors que son contemporain, le Pragois Dussek, lui aussi francophile et mort à St Germain en Laye, n’a pas laissé la même trace que lui dans l’Histoire.

 

Revenons au concert. Après les deux sonates de Beethoven (celle pour violoncelle et piano op.69 et celle pour piano op.2, l’une des premières œuvre de Beethoven dans laquelle il est bien difficile de prévoir ce que deviendra le Compositeur, mis à part un virtuose du piano et un continuateur, doué, de la tradition !, le programme propose la Ballade de Tadeas Salva, compositeur slovaque né en 1937.

 

L’année 1937, année donc de naissance de Salva (de son vrai nom Salvatore) et précédant la dernière guerre, est une année particulière, pour la Musique et les musiciens puisqu’elle a vu la disparition de Ravel, Roussel, Pierné, Gershwin, Widor, Vierne, Mel Bonis, pendant que sont nés cette année là Taïra, Méfano, Level, J-L.Petit, Philiba, Bleuse, Bœuf, Bartholomé, Piechowska, Fereyra, Delvallée, Devernay. Pareille conjoncture ne se retrouve nulle part ailleurs dans aucun domaine.

 

Tadeas Salva est peu connu ailleurs que dans son Pays où il est considéré comme la grande figure de la Musique, comme le Polonais Pederecki qui fut son ami et à qui il est parfois comparé. On trouve, malgré tout, quelques enregistrements de ses œuvres sur le marché du disque français.

 

Salva a écrit un certain nombre de « Ballades » pour toute sorte d’instruments seuls, et même pour chœur et aussi pour bande magnétique.

 

La Ballade écrite pour violoncelle seul, interprétée au concert sur la partition annotée par le Compositeur, juxtapose de nombreux « objets musicaux » qui n’ont que peu de rapports entre eux, si ce n’est qu’ils sont reliés par un « ciment sonore » fait de « doubles cordes à vide. L’effet en est très « contemporain ».

 

ladislav.jpgLa partenaire pianiste Jana Petrasova-Leclerc possède le jeu très solide et autoritaire d’une « maitresse-femme » (terme non péjoratif), qui s’efforce de s’accorder au tempérament plein de finesse de son partenaire.

 

 Je n’ai pas reconnu le son du piano que j’avais entendu dans le même lieu le 27 janvier 2012 sous les doigts de Leo Debono. La sonorité de ce piano ne m’avait pas parue aussi dure et aussi acide. Etait-ce le même instrument ? La marque m’en est inconnue. Peut-être est-il excellent là où il a été conçu et construit, de la même façon que le melon n’est à son naturel que dégusté à Cavaillon et non aux Halles de Paris, même s’il provient de Cavaillon.

 

Cette réserve faite, j’ai pu apprécier le jeu de Jana Petrasova-Leclerc dans toutes ses qualités. Elle obtient un « détaché », même dans la vitesse,  se déroulant tel un véritable collier de perles fines. Elle utilise la pédale à bon escient ce qui fait que son jeu n’est jamais brouillé. Elle obtient ainsi une clarté et une lisibilité parfaites du texte.

 

J’ai déjà évoqué par ailleurs l’originalité de la programmation musicale du Centre Tchèque de Paris ainsi que les belles qualités acoustiques de la salle dans laquelle elles se déroulent. Je n’y reviens pas.

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