Josette Morata - Bicentenaire Franz Liszt

Josette Morata, pianiste

 

Le concert de la pianiste Josette Morata donné en son appartement du 46 rue du Nord reprend en tout point la tradition courante au XIXème siècle des concerts dans les salons. C’est une très bonne initiative de faire débuter cette expérience à l’occasion du bicentenaire Liszt, le compositeur attitré, avec Chopin, des salons parisiens.

 

Dans ce programme Josette Morata a choisi de présenter trois visages de Liszt : son aspect « transcipteur » avec son adaptation pour le piano de « La mort d’Isolde » de Wagner, son aspect « compositeur de mélodrames », formule très à la mode de son temps et délaissée depuis, et son aspect « musicien pur » avec sa sonate.

 

Le mélodrame accompagné au piano est une redécouverte et une spécialité, depuis plus de vingt ans, de Josette Morata. Ce n’est pas simple de réciter un texte en s’accompagnant au piano. Habituellement, et à l’origine il en était ainsi, pour la partie récitée il est fait appel à un comédien car les pianistes, et les musiciens en général, sauf les artistes lyriques, et encore, ne sont pas de bons comédiens. Mais Josette Morata a travaillé la question pour parvenir, aujourd’hui, à une maîtrise parfaite de sa diction, de sa voix, de son geste, de sa posture. Le tout coordonné avec la musique, ce qui n’est pas le cas si l’on fait appel à un comédien qui ne connait pas la musique, ce qui est la majorité.

 

La musique de Liszt a la réputation d’être extrêmement difficile à jouer. C’est une musique de virtuose pour laquelle il est nécessaire de posséder une technique de piano à toute épreuve. Sans cela rien n’est possible, mais ce n’est pas tout car beaucoup de paramètres ne sont pas écrits ;  ils font partie de l’interprétation et non de l’exécution plus que dans toute autre musique. Ceux qui veulent jouer Liszt en s’en tenant strictement au note à note sont irrémédiablement à côté du sujet. Un bon interprète de Liszt doit savoir mettre en valeur un chant, ne pas noyer une ligne mélodique dans le flot de notes qui l’accompagne tout en lui donnant de l’expression ; il doit savoir souligner, sans insister lourdement, une modulation imprévue, amener une reprise du sujet avec à propos tout en la faisant désirer ; il doit savoir respecter la hiérarchie des modulations, calibrer les nuances les unes par rapport aux autres, faire attendre et espérer une nouvelle idée, accentuer la phrase au bon endroit, respirer avec la musique, etc… Sinon  Liszt ressemble au discours du conférencier qui récite son texte d’une façon monotone, sans envolée, sans accent, sans conviction : même si le fond du propos est sublime, le public s’ennuie malgré le déferlement sonore.

 

Ce n’est pas le cas de notre pianiste, elle l’a prouvé à l’occasion de ce concert.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×