J.C.Menou - L.Debono

L’Institut Hongrois est l’un des principaux foyers artistiques de la Capitale qui fasse une place importante à la Musique. Il faut dire qu’il dispose d’un bel auditorium doté d’un excellent piano qui semble n’être pas considéré comme un meuble encombrant mais comme un atout important dans la politique culturelle de l’Etablissement puisqu’il est bien entretenu et surtout bien accordé, ce qui peut paraître normal dans ce cadre mais qui n’est pas la règle dans de nombreuses structures.

Le 27 janvier, en collaboration avec l’Association des Amis de l’Institut Hongrois (dont on peut rappeler qu’il fut fondé par Raymond Barre et dont le Président en exercice, François Nicoullaud, fut Ambassadeur de France en Hongrie), le tout nouveau Directeur Balasz Ablonczy accueillait la « conférence-concert » imaginée par Jean-Claude Menou en prenant pour sujet le voyage en Italie de Frantz Liszt et Marie d’Agoult en 1837 et les conséquences musicales de ce voyage dans l’œuvre de Liszt.

Jean-Claude Menou, pour illustrer musicalement son propos, a choisi de faire appel à l’excellent pianiste Léo Debono qui lui donne la réplique avec à propos tout au long de ce parcours illustré par des projections visuelles particulièrement bien choisies.

Ce n’est pas une fiction qu’aurait imaginé note Narrateur autour de ce voyage mythique, mais bien un reportage véridique puisque Jean-Claude Menou s’est appuyé, pour nous le décrire - dans sont trajet, dans son esprit, dans sa finalité, dans les commentaires et les impressions des deux voyageurs, - sur les notes prises par Marie d’Agoult à chaque étape du voyage et consignées dans un "carnet de voyage" qui est parvenu jusqu’à nous.

Il fallait un Homme de Culture pour nous restituer les notes de ce carnet et pour nous faire revivre ce voyage dans toutes ses composantes puisque Marie d’Agoult y évoque ses impressions et celles de Liszt, souvent contradictoires, sur l’architecture, la peinture, la littérature, les paysages traversés, les populations accueillantes, les coutumes, etc… Mais une grande absente : la Musique et les Musiciens qu’ils auraient pu entendre et rencontrer, comme si elle et ils n’existaient pas ! Il est vrai qu’à l’époque, et depuis toujours, les Musiciens Italiens étaient très connus et très joués à Paris, mais, quand même, cet oubli est révélateur et l’on pourrait en faire une thèse intéressante.

Jean-Claude Menou, qui fut Inspecteur Général du Patrimoine et Directeur de quelques Institutions prestigieuses, la dernière étant la Fondation Cziffra, maîtrise à merveille tous ces sujets puisqu’il a eu à les traiter lorsqu’il était  "aux affaires », occupant de hautes fonctions au niveau de l’Etat et de la Région. Il sait donc faire revivre toute cette thématique auprès de son auditoire, non seulement grâce à sa connaissance mais aussi par son véritable talent de conteur. Par ailleurs ce qui le caractérise le plus, dans son immense savoir, c’est son véritable amour de la Musique autant que l’intérêt qu’il porte sincèrement aux Musiciens. Quand il était dans ses postes de responsabilité, il n’était pas de ceux qui prennent plaisir à humilier les Artistes en les faisant attendre des mois avant de les recevoir, puis en les faisant poireauter des heures dans leur antichambre ou en les faisant recevoir, sans raison, au dernier moment , par la stagiaire nouvellement arrivée ne connaissant rien au fonctionnement de la maison pas plus que maitrisant le traitement des dossiers, des sujets, des individus, etc… Il était lui-même un artiste de et dans l’administration et non un énarque desséché, prétentieux, jaloux de son pouvoir et le faisant bien savoir.

C’est sans doute la raison pour laquelle, maintenant qu’il est libéré de son fardeau administratif, il aime à se retrouver au niveau de tous les Artistes.

La séance prit fin avec l’interprétation magistrale de « Après une lecture de Dante » par Léo Debono. Ce pianiste, contrairement à beaucoup qui ne font que jouer les notes, comprend Liszt à merveille. Certes Liszt contient des difficultés techniques qu’il faut maitriser, mais là ne réside pas l’essentiel pour interpréter ses œuvres dans leur profonde signification car le solfège, s’il est nécessaire, ne suffit pas à traduire toutes les impressions, toutes les émotions qui y sont contenues. Il faut être interprète et pas seulement exécutant. C’est ce qu’est Léo Debono, un véritable interprète.

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