Isabelle Oehmichen-Quatuor des Equilibres

Isabelle Oehmichen, Quatuor Des Equilibres

 

A l’occasion du bicentenaire de Liszt l’Association « Autour du Piano », l’Association Musicale Franco-Hongroise et « Accords en Scène » ont présenté un programme de musique hongroise salle Cortot le 23 janvier 2011 avec la pianiste Isabelle Oehmichen et de quatuor à cordes « Des Equilibres ».

 

Programme très varié avec, pour débuter, l’Adagio pour violon et piano de Kodaly, œuvre très marquée par le romantisme germanique,  magnifiquement servie par Agnès Pyka, fondatrice du quatuor, accompagnée avec attention par Isabelle Oehmichen.

 

Suit le 2ème quatuor de Sandor Veress, découverte de la soirée car jamais joué en France. Œuvre très dense, utilisant systématiquement les « chromatismes retournés » dont le principe est attribué à son maître Bartok.

 

Dans l’évolution de la Musique instrumentale occidentale le vertical (harmonie) a toujours conditionné l’horizontal (mélodie), avec plus ou moins de prépondérance de l’un sur l’autre. Ce principe n’a que très rarement été remis en cause jusqu’à aujourd’hui, et même Schönberg, qui a révolutionné la façon de penser la Musique et qui a écrit un « traité d’harmonie », n’a pas écarté ce principe de sa révolution radicale.

 

Veress, lui, dans ce quatuor, écarte catégoriquement de son langage l’aspect vertical. Tout n’est que contrepoint sans préoccupation harmonique qui en résulte. Il en découle un foisonnement mélodique qui, si l’on n’est pas très attentif, peut paraître touffu et indigeste. Mais ce parti-pris de Veress se devait d’être exploité, même s’il peut représenter à nos yeux, aujourd’hui, une impasse qu’il est le seul à avoir véritablement explorée.

 

L’œuvre a été magnifiquement servie par le quatuor « Des Equilibres » qui a fourni, sur cette partition qui ne laisse aucun répit, un travail minutieux, au point de rendre l’œuvre presque transparente. Je me dois de citer chaque membre de cet ensemble dont les attaches sont à Marseille : Agnès Pyka et Cécile Gouivran violons, Magali Demesse alto, Yannick Callier violoncelle. Tous respirent un amour communicatif de leur métier qu’ils pratiquent avec la plus grande technique et musicalité.

 

Après la consolation n°3 de Liszt pour piano, œuvre célèbre entre toutes, dans laquelle Isabelle Oehmichen a déployé toutes les belles qualités de sensibilité qu’on lui connait, le programme se termine avec le quintette opus 1 de Dohnanyi, œuvre fascinante écrite par un jeune compositeur de 18 ans (certains disent même 15 ans) qui, pour nombre d’autres compositeurs, pourrait représenter un aboutissement de 50 ans de carrière tellement elle est mature, bien pensée et sans faiblesse : la marque-même du talent qui voisine avec le génie. Si l’on se réfère aux œuvres de compositeurs considérés comme précoces on est ébloui par une telle assurance et un tel métier Mozart lui-même, l’arhétype parfait de l’enfant prodige, dans ses premières œuvres, ne manquait pas de très grandes faiblesses. Naturellement le style de ce quintette est celui de son époque, ce qui fait que l’on comprend pourquoi Brahms a soutenu Dohnanyi dès le début.

 

L’interprétation du « Quatuor Des Equilibres » et d’Isabelle Oehmichen a été à la hauteur ; le dialogue entre les deux entités, piano d’une part et quatuor d’autre part, est réglé dans ses moindres détails. On sent à l’écoute que chaque partenaire connait toutes les arcanes de la musique de chambre et qu’il sait, de par son expérience, comment résoudre toutes les difficultés qui peuvent se présenter.

 

Dohnanyi, qui était pianiste concertiste, (chef d’orchestre et organisateur de concerts de surcroit) a particulièrement soigné la partie de piano de ce quintette au point d’en faire un véritable concerto. L’osmose qui a résulté de la fusion des deux entités a soulevé l’enthousiasme de la salle qui a fait une belle ovation aux artistes.

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