Hommage à Jacques Chailley

29/01/2010, Amphi.Richelieu de la Sorbonne  (http://concertsdemidi.fr/) 

Les « Concerts de Midi » rendent hommage à leur fondateur, Jacques Chailley, à l’occasion du centenaire de sa naissance (1910-1999).

 

L’Ensemble Vocal Gustave Charpentier ouvre le concert avec trois œuvres de Chailley écrites à différentes périodes de sa vie et reflétant bien les préoccupations du compositeurs, notamment son goût pour la musique du Moyen-Âge et de la Renaissance en même temps que sa parfaite connaissance du style choral (Chailley a été a  chef de chœur). Le Kyrie de sa « Missa Solemnis », le Motet « Benedicta es tu » et la Chanson « J’ay vu la beauté ma mie ». Magnifique interprétation d’un ensemble d’une vingtaine de choristes, tous à la voix travaillée, formant un groupe homogène qui tient bien le diapason a capella. Le chef, Denis Rouger, possède un bras souple, précis, très lisible ; au service d’un excellent sens musical, il fait preuve d’une autorité souriante.

 

Suivent des extraits du  « Poème de l’Amour et de la Mer » de Chausson  par la soprano Anna Destraël accompagnée avec attention et délicatesse par Sylvie Lechevalier. Belle ovation du public (nombreux) dont on se doute qu’elle salue l’œuvre si émouvante de Chausson autant que l’interprétation des deux artistes.

 

Les mélodies qui suivent présentent les œuvres de Chailley sous un autre angle. Les poèmes de Maurice Carême, d’une concision extrême, servent de support à une musique descriptive et préfigurent  les célèbres « haïku » qui feront les délices de Messiaen jusqu’aux compositeurs d’aujourd’hui. Les deux artistes ne pouvaient pas éluder le cycle « A ma femme » qui nous montre un Chailley intime.

 

Ces quelques œuvres ont permis de survoler la production musicale de Jacques Chailley qui ne compte pas moins de 129 numéros. Ce ne sont pas, comme certains le pensent, « des œuvres de professeur », mais les œuvres d’un véritable artiste. Certes Chailley n’a pas révolutionné le langage musical mais il a su nous émouvoir, nous charmer, nous surprendre parfois, retenir notre attention par un discours bien articulé et logiquement mené. Que demander de plus à un artiste ?

 

Pour terminer le concert les voix de femmes du chœur reviennent sur scène pour interpréter la scène lyrique de Debussy « La damoiselle élue » avec, en solistes, deux soprani faisant partie de l’ensemble : Clémence Olivier et Karine Hrynkow et avec la participation du pianiste Emre-Can Karayel.

 

Un programme dont on ne se lasse pas et digne des programmes mis en œuvre de son vivant par Jacques Chailley. Réjouissons nous que ses continuateurs s’efforcent de perpétuer cette tradition.

 

Concernant les « Concerts de midi », moments incontournables de la vie musicale parisienne, l’anecdote suivante est amusante et instructive. J’ai été invité plusieurs fois à participer en tant qu’interprète aux « Concerts de Midi » de la ville de Liège en Belgique qui m’a par ailleurs demandé d’enregistrer sous son label   un CD consacré au compositeur belge Fernand Quinet (1898-1971). Les responsables de cette très active association m’ont toujours fait remarquer, lors de nos rencontres, qu’ils avaient été les premiers en Europe à organiser des concerts à midi, et ils n’étaient pas peu fiers de se montrer précurseurs en ce domaine et à me faire remarquer que Paris n’avait fait que leur emboîter le pas ! Peut-être les dates leur donnent-elles raison sur ce point. Mais cette paternité revendiquée me fait penser à d’autres paternités tout autant dérisoires, comme celle qui consiste à vouloir être le premier à avoir utilisé le sarrussophone dans une œuvre symphonique. Ces paternités me semblent aussi vaines que celle qui consiste à prétendre être le premier à utiliser le jaune d’œuf dans la tarte tatin. Quelle importance, mon Dieu ! Remarquons que la musicologie regorge de ce type de remarque. Pourtant elle a bien d’autres choses intéressantes à dire sur la musique.

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×