Georges Bessonnet, orgue

Récital d'orgue par Georges Bessonnet

 

Beau programme de Georges Bessonnet sur l’orgue de la Chapelle Saint Louis de la Salpétrière, le 21 avril 2013, avec des œuvres qui ont particulièrement retenu mon attention.

 Le programme débute par les variations sur « O Fili et Filiae » de Dandrieu. Il est certain que ce genre d’oeuvrette du baroque français a besoin d’une très grande diversité de jeux pour tenir la longueur.  Malgré la progression rythmique bien dosée et l’alternance des soli-tutti et malgré la belle virtuosité de l’interprète, l’instrument de Saint Louis a vite atteint ses limites.

  Suit la transcription faite par Bach pour 4 clavecins du concerto pour 4 violons de Vivaldi, le tout adapté à l’orgue par André Isoir. Ce qui a retenu l’attention de Bach dans cette œuvre de Vivaldi, au point de la recopier et de la transcrire, ce n’est certainement pas ses éléments de langage (harmonie - mélodie) bien plus pauvres que les siens et qui ne lui ont rien appris, mais les carrures, inhabituelles pour lui, mélangeant et alternant les tempi de 2, de 3, de 4 et même de 5 battues, ce qu’il n’a jamais pratiqué dans ses œuvres. Dans Bach, quand la carrure d’une pièce débute à 2, elle reste à 2 du début à la fin. Il faudra attendre Beethoven pour que la carrure change sciemment et volontairement en cours de morceau (« tempo di tre battute » écrit en toute lettre, dans une pièce à 2 battues).

  Puis la très belle pièce de Boëly « Andante con moto » op.45 n°7, débordante d’émotion, dans laquelle le terme « con moto » n’est pas un vain mot, ce que l’interprète s’est attaché à bien faire sentir ; puis deux des six études en canon de Schuman(4 et 5) que j’ai découvertes dans un précédent concert de GB et dont la quatrième a retenu mon attention au point d’en faire une adaptation pour 2 voix (sop.tén.) et orchestre sur les paroles latines de l’Ave Maria, suivant en cela la voie de Gounod, dont le grand public ne connait que « Faust » et « l’Ave Maria » qu’il a écrit sur le 1er prélude du CBT de Bach.

Très belle transcription, faite par GB, de la Vocalise de Rachmaninov, romantique à souhait, pleine d’imprévus dans la conduite du thème principal, qui aurait pu servir de modèle aux compositeurs américains de Musique de film du siècle dernier.

 Suit l’œuvre de Georges Bessonnet : « Laisse les nuages… », œuvre dans laquelle le compositeur fait montre d’un sens dramatique affirmé et d’un bel esprit de construction car tout y est bien agencé.

 

Pour terminer deux extraits de l’Hommage à Frescobaldi de Jean Langlais, compositeur formé à l’Institut des Jeunes Aveugles comme bien d’autres et des plus célèbres, dans cette institution qui semble avoir renoncé à former des organistes, la profession n’étant plus jugée comme étant une véritable profession dans le monde moderne !

Cet hommage à Frescobaldi, compositeur italien du XVIIème siècle rappelons le, n’est pas un hommage de circonstance mais un hommage profondément ressenti. Le compositeur italien était un amoureux des modulations osées et imprévues, ainsi que des juxtapositions de tonalités éloignées que certains puristes vont même jusqu’à qualifier de « maladroites », et qui dégagent une saveur et un piquant particuliers à nuls autres pareils. Cela est particulièrement sensible dans le « Thème et variations ». J’adore ! Et Langlais s’en est inspiré.

  Beau concert donc, suivi par un public nombreux et pressé d’applaudir.

 

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"A l’effort d’élévation que demande l’art,

à la rude discipline de sa pratique, aux exigences

rigoureuses de la création, la politique culturelle

actuelle substitue la complaisance et la

veulerie dans la facilité, en admettant comme

culture les procédés commerciaux

industrialisés du divertissement."

 

(conclusion du rapport commandé par Matignon au Conseiller d’Etat Thierry Tuot, 2013)

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Georges Bessonnet, orgue

 C’est d’une véritable salle de concerts dont dispose l’Institution Sainte Marie d’Antony, conçue, il y a peu de temps, pour abriter le réputé chœur d’enfants de l’Institution qui prend place autour de l’orgue, instrument imposant construit pour pouvoir interpréter les répertoires les plus variés.

 L’acoustique de la salle est très sèche. Le son est cru, sans réverbération. L’avantage, c’est naturellement que l’on entend tout très distinctement. Certains pourraient dire que cette sonorité si franche et directe pourrait être tempérée s’il était possible de la policer en lui évitant de se heurter à la dureté des murs en briques de la salle. Cela ne demanderait que d’installer des tentures amovibles sur ces murs ?

 Dans le cadre de la journée (internationale) de l’orgue, le 20 mai 2012, Georges Bessonnet donnait un concert sur cet instrument dont il est le titulaire tout en assurant la direction musicale de la Maîtrise.

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Pour commencer son récital Georges Bessonnet propose la Passacaille et Fugue de Bach, œuvre magistrale, comme toute la production de Bach,  qui laisse et laissera toujours l’auditeur pétri d’admiration. Aller dans la lune au XXème siècle n’est pas plus admirable qu’une seule œuvre de Bach, car, si dans l’un et l’autre cas, la matière grise est à l’épreuve, l’œuvre de Bach possède cette supériorité que l’élément humain, artistique, émotionnel, sensible s’ajoute aux éléments de prouesses purement techniques.

Dans son interprétation Georges Bessonnet a bien su ménager la progression rythmique et sonore de la Passacaille qui, par le tempo qu’il a utilisé, s’est avérée sensiblement de même durée que la fugue qui la suit. Il a su rendre dans la fugue, entre deux cadences, une trajectoire musicale semblable à la courbe du langage parlé, avec son phrasé ordonné et ses ponctuations affirmées. Du début à la fin l’attention de l’auditeur ne se relâche pas. Dans la passacaille la présentation du thème repris 20 fois, et davantage dans la fugue,  si elle devient obsessionnelle n’en demeure pas moins toujours nouvelle et attendue.

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Suit la Fantaisie en fa mineur de Mozart. Depuis qu’il a redécouvert la fugue Mozart l’utilise « à toutes les sauces ». On connait ses fugues magistrales dans le Requiem, qui donnent à l’œuvre toute sa grandeur. Dans ce contexte funèbre la fugue est tout à fait à sa place.  Dans le contexte de la présente fantaisie, œuvre écrite pour les besoins d’une horloge mécanique, la fugue prend une signification plus triviale, comme une dérision apportée au sérieux de la forme.  Mozart souligne ainsi son intention presqu’iconoclaste de se moquer du temps qui passe, rôle principal dévolu à l’horloge,  et temps qui ne revient jamais sous la même forme tout en se présentant sous des aspects identiques. Georges Bessonnet a su bien rendre, par le choix de ses registrations,  cet aspect de la musique en alternant avec beaucoup d’à propos les passages grandiloquents de l’œuvre avec le tutti de l’orgue et des passages  plus fluides mettant en valeur les jeux de solo de son instrument.

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Suit la pièce de Schumann « Etude en canon » écrite à l’origine pour « piano-pédalier ». Il s’agit d’une pièce effectivement en canon. Mais on pourrait la qualifier plutôt  d’un dialogue amoureux, en duo, digne d’un opéra romantique,  entre une soprano  et un ténor, qui ressemble à s’y méprendre au célèbre « Petit mari, petite femme » de Bizet (Jeux d’enfants), tant dans sa conception que dans son langage.

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Pour terminer cette heure musicale Georges Bessonnet a présenté une œuvre qu’il semble affectionner particulièrement car elle est chargée de beaucoup d’émotion pour un organiste : le Prélude et Fugue sur le nom d’Alain de Maurice Duruflé. Le prélude est si naturel qu’il ressemble à un véritable prélude tel qu’il a été conçu à l’origine, à savoir une improvisation libre d’un interprète, destinée à tester aussi bien l’instrument qu’il  va jouer que la forme de ses doigts, avant d’aborder l’interprétation de l’œuvre qu’il a prévue et d’entrer alors seulement dans le vif du sujet. La fugue, quant à elle, semble forcément plus travaillée, bien qu’elle ne semble refléter aucun travail laborieux. Les deux thèmes utilisés par Duruflé sont issus d’œuvres de Jehan Alain (Les Litanies particulièrement) et sont traités par Georges Bessonnet avec des registrations bien adaptées et originales.

L’œuvre se termine de façon abrupte, sans véritable conclusion ; elle laisse une impression d’inachevé, reflétant ainsi la vie de Jehan Alain, si courte et brisée, si intense et si diversifiée. En cela cette fugue d’aujourd’hui, dont la forme a traversé le temps,  ne ressemble en rien aux fugues de Bach dans lesquelles la conclusion est toujours annoncée et confirmée par des codas amples et, de ce fait, apaisantes.  On ne peut en effet que se révolter devant le sort de Jehan Alain, mort si jeune pendant son incorporation à une guerre  imbécile, et l’on sort de cette audition bouleversé et profondément touché.

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