Festival de Ville d'Avray 2010

Festival de Musique Française de Ville d’Avray 2010

 

Le 32ème Festival de Musique Française de Ville d’Avray était consacré cette année aux compositeurs qui auraient eu cent ans, et ils sont nombreux.

 

Le premier concert, au Colombier, rendait hommage à Pierre Schaeffer, « l’inventeur » de la musique concrète et électronique. Le jeune « Groupe Motus » composé de Guillaume Contré, Olivier Lamarche, Nathanaëlle Raboisson  et Vincent Laubeuf, bien équipé en matériel, a diffusé sur son « acousmonium Motus » cinq œuvres représentatives de différentes personnalités.

 

Pierre Schaeffer ouvre le concert avec son « Etude Pathétique ». L’œuvre, malgré les moyens limités de l’époque où elle a été pensée, n’a pas pris une ride lorsqu’on la compare à la production d’aujourd’hui, car la conduite des idées sonores telle que la pratique Schaeffer entre dans une logique musicale proche de la musique instrumentale. Au sortir d’un tel concert on peut donc se demander si les moyens et les avancées techniques de tous ordres qui ont été faits depuis ont fait avancer l’esprit créateur, musical et compositionnel des électroacousticiens.

 

L’habit ne fait pas le moine, si beau soit l’habit et si élevée soit l’intention du moine.

 

Je relèverai cependant la délicatesse de « L’énergie du vide » (Vincent Laubeuf, 2010) ainsi que la densité contrapunctique de « Terra incognita » (Denis Dufour, 1998), deux œuvres qui méritent de ne pas rester inconnues.

 

 

Deux manifestations, instrumentales, ont été consacrées aux autres compositeurs centenaires : en premier le concert de Franck Leblois, bassoniste, et de Stefan Denk, pianiste, avec des œuvres de Pierre Lantier, des deux frères Challan, Henri et René, et d’Elsa Barraine ; œuvres de grands professionnels qui sont surtout connus dans le métier comme ayant été d‘éminents pédagogues, mais œuvres qui n’ont rien de professoral ni de pontifiant. Très belle prestation de Franck Leblois au basson, (faite de musicalité, de fantaisie, de sensibilité), bien soutenu et secondé au piano par un Stephan Denk attentif et prévenant autant que brillant dans la pièce pour piano seul de René Challan. Belle équipe animée par l’amour de la musique et par la découverte.

 

Marylène Dosse assurait quant à elle un « récital » de piano comme on n’en rencontre jamais. Parmi les oures des compositeurs centenaires qu’elle a choisi d’interpréter relevons celles de  Chailley, Barraine, Martinon, Lantier,  Maurice, auxquelles elle a ajouté le « Hésitation-tango » du centenaire américain Barber à l’écriture très contrapunctique dans un langage typiquement américain. Amusant.

 

Tout est intéressant dans ce programme comme dans celui de Leblois-Denk. A remarquer en particulier l’œuvre d’Elsa Barraine qui utilise ce que Messiaen a classé comme étant son « mode 2 ». A se demander qui, de Messiaen ou de Barraine, a été le premier (dispute de musicologue) à utiliser sciemment ce mode si caractéristique des œuvres de Messiaen. On ne le saura sans doute jamais, car les œuvres sont sorties à la même époque. Il faut croire que l’évolution de l’harmonie telle qu’elle est (était) pratiquée et enseignée en France conduisait inéluctablement à cette utilisation des échelles sonores, tout comme l’évolution de la musique et de son enseignement en Allemagne après Wagner a conduit logiquement aux solutions imaginées par Schönberg. Pas de rupture, donc, mais une logique continuité.

 

Le jeu de Marylène Dosse sert à merveille tout ce répertoire dans lequel on la sent très à l’aise. Ce jeu, solide, ne manque pas de délicatesse. On y remarque une merveilleuse compréhension des textes, une sensibilité à fleur de peau mais sans mièvrerie. Il est regrettable que  Maylène Dosse ait préféré faire toute sa carrière aux USA, notamment dans l’enseignement mais aussi dans l’interprétation, plutôt que de rester en France pour nous faire bénéficier de son talent à plein temps. Serait-ce parce que notre système est à revoir de A à Z et ce malgré (ou à cause) d’une armée mexicaine d’administratifs et d’inspecteurs chargés de l’orienter et de le définir pour aboutir à de si piètres résultats. Je ne lui ai pas posé la question mais j’ai mon idée.

 

J’hésite ici à évoquer le « cas » du Festival de Ville d’Avray qui, depuis plus de trente ans, programme exclusivement des œuvres de compositeurs français du siècle dernier (sur les quelques 1000 festivals en France, presque chaque village ayant son Festival, ce Festival est le seul à afficher clairement cette orientation), et cela dans la plus grande indifférence de l’Etat et de la Région.

 

Pourtant l’Etat a osé, tout récemment, évoquer le thème de l’identité nationale, thème qui est une de nos préoccupations puisque, qui, mieux qu’un français, peut le mieux apprécier le patrimoine français dont il est issu ? La réponse à la question de l’Etat fut un tollé général comme chacun a pu s’en rendre compte, car les imbéciles, et ils sont nombreux et forcément majoritaires partout et depuis toujours (relire Aristote), ont pris cette initiative pour du racisme et du xénophobisme.

 

Les français ne veulent donc plus être français, bien qu’ils soient tous nuls en langues étrangères, c’est bien connu et paradoxal. Sauf, naturellement, pour ce qui les arrange : les droits sociaux, la retraite, les situations acquises, la sécurité de l’emploi, les vacances, les ponts interminables, la semaine des 35 heures, etc…Mais pour ce qui est de la véritable culture identitaire, celle qui a fait le rayonnement de la France et qui attire chez nous, encore aujourd’hui, des millions de touristes, il n’y a plus personne pour la défendre sur le territoire et encore moins pour l’apprécier. Tous se couchent, par veulerie, paresse, bêtise, intérêt mal compris, devant le moindre effort, qu’il soit physique, intellectuel ou moral. Même le folklore, musical (ou autre) a disparu. C’est dire. Remplacé par l’art (?) commercial. « Dodo, l’enfant do » : connais pas !

 

Est-ce dû à l’éducation ou plus profondément, j’ose le mot au risque de me voir cloué au pilori, à la dégénérescence de la race ? Ce mot qui tue est lâché. Mais il faut poser la question, c’est un devoir.

 

Certes nous sommes tous des bâtards. Mêmes les altesses royales sont aujourd’hui mélangées. Il n’y a plus que chez les animaux que l’on trouve des pur-sang, notamment pour gagner les courses, et devant lesquels, autre paradoxe, chacun d’entre nous s’extasie. La bâtardise et le métissage institutionnalisé sont arrivés au résultat que les croisements humains ont tendance à ne produire que le plus mauvais ou le plus banal de ce qui se trouve dans chaque race. L’instruction (obligatoire, il faut le rappeler) pourrait, - devrait - pallier  cet inconvénient, mais rien n’y fait, d’autant que ceux qui sont chargés de la transmettre sont contaminés jusqu’au cou.

 

Que peut devenir l’art, en général et dans le cas particulier qui nous occupe, dans un tel contexte ? Un alibi auquel plus personne  ne croit. L’art (et le patrimoine artistique) ? : Tout est fait pour le banaliser et le détruire ; et les médias de plus en plus présents dans la vie de chacun ont une énorme responsabilité dans cette destruction, autant sinon plus que l’éducation.

 

Pour les mélomanes véritables pour qui l’écoute d’une œuvre, (d’un style ou d’une esthétique)  inconnue mais pas forcément inintéressante sous le seul prétexte qu’elle est inconnue, procure un plaisir artistique renouvelé, il ne reste que des initiatives comme celle de ce Festival pour combler leurs voeux.

 

En France, pays de la mode, seule la mode peut inverser la tendance et faire que de nombreux Festivals ou autres institutions défendent résolument, et non mollement, ce patrimoine. J’en ai pour preuve mon expérience. Lorsque j’ai commencé, en 1958, à diffuser avec mon Orchestre le répertoire baroque français du Grand Siècle, en concerts et en enregistrements (30 disques Decca), avec des œuvres inconnues que je recopiais dans les bibliothèques françaises et étrangères, personne ne me suivait. Aujourd’hui on ne compte plus les Festivals et les concerts dédiés à cette musique, c’est devenu une mode.

 

Mieux vaut cette solution de traverse que pas de solution du tout pour ce patrimoine merveilleux qui ne demande qu’à renaître.

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