Ensemble Orchestral Stringendo et Ensemble Vocal Tempus

Ensemble instrumental Stringendo / Ensemble vocal Tempus 28 mai 2010 Musée Carnavalet

La salle réservée à la Musique dans le Musée Carnavalet est un écrin à l’acoustique remarquable. Les dix cordes de l’Ensemble Stringendo de Jean Thorel, auxquelles se sont joints, pour certaines œuvres, la vingtaine de choristes de l’Ensemble vocal Tempus de Françoise Pech, y ont présenté un programme très original conforme à ce que recherchent ces ensembles : des œuvres de toutes les époques rarement jouées qui sonnent à merveille dans cet espace restreint.

 

L’une des innombrables symphonies de Gossec, contemporain de Haydn et l’un des « pères de la symphonie française », ouvre le concert. Musique « au mètre » qui se déroule sans surprise, n’était une petite parenthèse en sourdines, et qui permet à l’orchestre de déployer toutes ses qualités de belle sonorité, de justesse, de précision et de sérieux (coups d’archets bien réglés), sous la direction attentive et précise de Jean-Thorel. L’œuvre se termine par un menuet, avec toutes ses reprises et son Da capo, ce que les viennois ont toujours évité car ce type de mouvement n’a pas le caractère conclusif qui s’impose. Même dans les « suites » baroques, les menuets n’ont jamais été les mouvements ultimes et, plus tard, dans la grande symphonie, le menuet (devenu scherzo) précédait toujours le final. Essai de Gossec peu concluant.

 

Il est toujours sain de donner en concert ce type d’œuvre qui permet d’évaluer à quel point, avec le même langage et la même structure, l’œuvre de Mozart, (et à un moindre degré celle de Haydn) a de génie et d’imagination créatrice.

 

« What sweeter music » de John Rutter (en création française) porte bien son nom. Musique sans prétention d’un compositeur contemporain anglais pétri de musique d’église et spécialiste de l’écriture chorale à destination des chœurs amateurs. Malgré une belle écriture on est très loin des œuvres à destination similaire de nos compositeurs Poulenc et Duruflé, comme on s’en rend compte dans les deux autres œuvres inscrites au programme : en premier lieu les « quatre motets » de Duruflé pour chœur « a capella » dont l’ensemble vocal de Françoise Puech sait dégager la grande émotion et la spiritualité, mettant en valeur le contrepoint si naturel de Duruflé, et les « Litanies à la Vierge noire » de Poulenc qui terminent le concert sur des harmonies diaphanes (Poulenc y abandonne son esprit gouailleur pour y décrire la pureté et la virginité du sujet), avec un clin d’œil à Stravinsky dans la partie d’orchestre, qui ancre bien dans l’esprit de son temps cette œuvre intemporelle. J’aurais aimé que Jean Thorel laisse à Françoise Pech, le Chef de Chœur, le soin de diriger Duruflé qu’elle a préparé avec soin et, j’en suis sûr, avec amour, puisque cette œuvre est « a capella ». Cela aurait été la juste récompense de ses efforts et n’aurait en rien altéré l’autorité du Chef d’Orchestre.

 

Auparavant on a entendu « Fantasia on a ground » (création française) de l’américain John Harbison, œuvre écrite sur une série rythmique croissante et décroissante. Quand on n’a pas d’inspiration on se raccroche à des procédés d’écriture, c’est une constante dans l’histoire de la Musique. Dans les années 1500 Rossi écrivait des œuvres dont on s’émerveillait de l’ingéniosité des combinaison contrapunctiques mais qui n’exprimaient rien de musicalement attachant, pendant que Monteverdi, avec deux accords, émerveille toujours nos contemporains. Tous les compositeurs ne sont pas Bach (éminent systémier) ni Messiaen (théoricien du rythme et de la métrique), pour allier harmonieusement, dans leurs œuvres, la combinaison sonore et l’émotion artistique.

 

L’œuvre pénultième, « Il était un hautbois », œuvre pour hautbois et cordes de Pierrette Mari, est assurément la plus attachante du programme, sans tenir compte des circonstance qui l’ont vu naître et que Pierrette Mari a bien voulu évoquer devant un auditoire  nombreux et attentif composé en partie d’habitués des concerts de l’Orchestre et du Chœur.

 

Le hautbois y est concertant, mais ce n’est pas, à proprement parler, un concerto pour hautbois tel qu’on en écrirait un pour le concours de sortie du Conservatoire, car la Musique s’y déploie dans tout l’orchestre avec une grande densité au point que l’on pourrait presque se passer du soliste qui  n’y tient, en fin de compte,  qu’un rôle que de commentateur presque distant et qui semblerait peu concerné par le discours de ses « accompagnateurs ». J’exagère à peine !

 

J’y décèle trois mouvements ramassés en un seul, avec des idées bien distinctes s’enchaînant harmonieusement. Les lignes mélodiques très caractérisées circulent dans tous les pupitres dans un contrepoint bien entendu et dans une tonalité élargie qui ressemble plus à des zones tonales qu’à de véritables tons. Aucune agressivité, aucun effet rythmique, aucun procédé répétitif ou obsessionnel : un lyrisme à l’état pur d’où émerge et résulte une grande émotion. Il y a là toute la saveur, la personnalité, la valeur de la Musique française sans que l’on puisse véritablement y déceler une tournure, une manie, une influence, un accord caractéristiques d’un style connu et particulier qui rattacherait cette Musique à Debussy ou à Messiaen. Peut-être à Roussel, plus dans l’esprit que dans la lettre. A une époque, la nôtre, où la très grande majorité des compositeurs écrivent dans un espéranto fade et insipide d’un bout à l’autre de la planète, c’est une bouffée de bonheur que d’entendre de telles musiques. L’orchestre s’y montre à la hauteur de sa mission et de son objectif, avec des interventions remarquables du violon solo Christophe Pierre et du violoncelle solo.

 

Naturellement le hautboïste Guillaume Pierlot, qui a pris la relève de son illustre aïeul dédicataire de l’œuvre, se montre lui aussi à la hauteur de sa tâche en mettant sa belle sonorité et son métier très solide au service de cette belle œuvre.

 

C’est une très bonne initiative qu’ont pris certains musées de s’ouvrir à la Musique et ils sont de plus en plus nombreux à le faire. Tant que leurs Conservateurs ne se prennent pas pour des directeurs artistiques ou des entrepreneurs de spectacle (ils n’ont pas été formés pour cela, même s’ils aiment la Musique) et sont disposés à accueillir tous les types de concerts sérieux sous la seule condition que ces concerts revêtent un caractère professionnel de qualité, l’on ne peut qu’adhérer et applaudir. Là où il commence à y avoir problème c’est lorsque certains édifices font du commerce des concerts au détriment des musiciens et du public et au profit des caisses de l’Etat.

 

J’ai connu, par exemple, la Sainte Chapelle (et je ne suis pas Mathusalem) lorsque je dirigeais le Festival Estival de Paris (injustement et stupidement sacrifié depuis, alors qu’il était une association reconnue d’utilité publique, ce qui aurait dû le protéger des massacreurs), et j’y organisais des concerts à la demande et avec le soutien moral et financier de la CNMH. Le gardien (unique) de ce merveilleux édifice, une fois l’accord officiel obtenu, était mon seul interlocuteur pour l’organisation matérielle des concerts. Aujourd’hui une équipe d’administrateurs (armée mexicaine ?) a été mise en place uniquement pour l’organisation des concerts qui sont devenus autant chasse gardée qu’ « usine à fric ». C’est inadmissible, d’autant que cette équipe est aussi incompétente en musique qu’inefficace en programmation. Ses membres, aussi, n’ont pas été formés pour cette tâche et ne se fient qu’à des directives, des bruits de couloirs, des estimations, des règlementations. Pauvre France ! Heureusement, j’ai connu, hors Paris, des Conservateurs moins conservateurs.

 

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