Duo Oehmichen-Marcel

Duo Oehmichen-Marcel

 

Belle salle de la Fondation Dosne-Thiers, propriété de l’Académie, place St.Georges, pour accueillir le Duo formé de la pianiste Isabelle Oehmichen et du violoncelliste Marcel Thimothée dans un programme très classique pour un public d’habitués de la saison « Autour du Piano » organisée avec discernement par Hervé Archambault.

 La première suite pour violoncelle de Bach ouvre le programme et permet au public  de découvrir toute la délicatesse et la finesse du jeu de Thimothée MARCEL, qualités dont il fera preuve tout au long de la soirée. Son archet est au service de la musique et non, comme c’est le cas pour beaucoup d’instrumentistes à cordes, au service de la technique. Cela lui permet d’épouser véritablement les courbes et les respirations des phrases musicales, et de traduire avec intelligence la pensée musicale du compositeur enfermée dans une écriture solfègique forcément incomplète dominée, notamment,  par la tyrannie de la barre de mesure. Il sait donc restituer le véritable phrasé des œuvres dans toute leur signification artistique et non mécanique et métrique.

Faut-il, comme il l’a fait, s’appliquer à respecter scrupuleusement les reprises des premières parties de chaque mouvement à caractère de danse dans les œuvres de Bach comme elles existent dans toutes les œuvres en forme de suite du XVIIIème siècle ? A notre époque, où le temps de chacun est compté, sauf pour les désœuvrés, et même pour les mélomanes qui ne boudent pas leur plaisir au concert, écoutant attentivement les œuvres plutôt que regardant les mains de la pianiste, ces reprises sont-elles vraiment nécessaires et indispensables ?

Certains interprètes prétendent que oui,  prétextant qu’amputer ces œuvres de leurs reprises déséquilibrerait la construction de l’ensemble. Cet argument me semble peu valable. Au contraire l’absence de reprise supprime une redondance qui, par sa longueur, nuit généralement au développement qui suit, développement dont la durée est, le plus souvent, égale (sinon moindre) à celle de la première partie sans reprise.

D’autres interprètes, pour pallier à cette interrogation, essaient de donner un intérêt nouveau à ces reprises en les agrémentant, voire en les surchargeant,  d’ornementations diverses qui lui apportent un éclairage différent correspondant à leur conception, à leur expérience et surtout à leur culture musicale. Mais, si cette conception est satisfaisante pour une musique ordinaire (Telemann, Vivaldi, Marin Marais, ….) elle ne peut s’appliquer à la Musique de Bach tellement la densité de l’écriture et de l’inspiration occupe tout l’espace et ne laisse place à aucune fantaisie.

Alors que faire ? Pour moi la meilleure solution consiste à supprimer purement et simplement ces reprises intempestives qui, dans l’esprit de l’époque, n’avaient pour but que de se conformer à une tradition devenue obsolète.

Pour la deuxième œuvre du programme, l’Arpeggione de Schubert, Isabelle OEHMICHEN entre en scène. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer le grand talent de cette artiste aux multiples facettes, et je ne puis que redire tout l’intérêt qu’elle suscite en apportant à ses interventions la sensibilité, la musicalité, la solidité et la vision qui lui sont propres et qui font toute sa personnalité.

Pour ce qui est de l’œuvre, la sonate « Arpeggione », que nous connaissons tous dans sa version transposée à l’alto ou au violoncelle, et dans laquelle Schubert nous fait grâce de ses « divines longueurs », j’attends le moment où un instrumentiste à cordes audacieux, visionnaire et téméraire l’interprètera sur un véritable « arpeggione » reconstitué. Certes, cet aventurier n’aura pour ainsi dire que cette œuvre à son répertoire, l’instrument  ayant été rapidement abandonné, mais il permettra au monde musical, toujours friand de nouveautés anciennes plutôt que de véritables créations contemporaines, de se délecter dans des sonorités  renouvelées avec une œuvre magistrale remise dans son véritable contexte.  N’était-ce pas le cas, depuis peu, pour le concerto pour clarinette de Mozart  restituée sur la clarinette de basset pour laquelle il a été écrit. Ne fut-ce pas le cas pour tout le baroque français restitué sur la viole ou sur la  viole de gambe depuis une trentaine d’années, etc….

Les deux œuvres de Debussy qui suivent (« Reflets dans l’eau » et « L’Isle joyeuse ») apportent au programme une touche de légèreté, de fluidité, de poésie, de fantaisie dans l’atmosphère de sérieux, à la limite du besogneux, qui règne dans la conception des œuvres germaniques depuis le début de la soirée et qui se poursuivra avec la sonate pour violoncelle de Chopin, véritable concerto pour piano accompagné par un violoncelle, dont émerge un court « largo » rêveur et nostalgique  qui donne la prépondérance, (et encore si peu !) au chant du violoncelle qui servira de bis final.

Dans cette œuvre singulière, qui ne ressemble en rien à la production habituelle de Chopin, on sent Isabelle Oehmichen tout à son aise. Elle y maitrise son jeu et donne l’impression qu’elle aime particulièrement l’interpréter au point de s’y investir totalement.

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