Brigitte Trannoy et François Veilhan

Brigitte Trannoy piano, trannoy-veilhan-2-1.jpgtrannoy-veilhan-2.jpgtrannoy-veilhan.jpg

François Veilhan flûte

 

Infatigable Aline Artinian qui, depuis des décennies, s’attache à promouvoir les interprètes et les compositeurs qui trouvent en elle une oreille attentive et bienveillante.

 Elle fut longtemps à animer la « Maison de l’Europe » rue des Francs-Bourgeois dans le 4ème, avec ses « Dialogues au présent ». Elle a, maintenant, jeté son dévolu sur la Cathédrale Sainte Croix des Arméniens, rue Charlot, toujours dans le Marais, où elle a installé « l’Heure Musicale du Marais » basée sur les mêmes principes consistant à programmer à Paris les jeunes interprètes choisis, la plupart du temps, parmi les lauréats des concours internationaux. Mission essentielle et indispensable qui devrait lui attirer tous les soutiens des autorités puisque, ayant fait ses preuves de longue date, elle remplit parfaitement une mission d’intérêt général indispensable au développement de la vie musicale à Paris.

 

Le 20 avril 2013 elle accueillait un programme du Duo François Veilhan flûte et Brigitte Trannoy-Petitgirard piano, ensemble qui, actuellement, diffuse un beau projet associant la musique contemporaine et la poésie.

 Quelques œuvres du programme de ce concert sont issues de ce projet « musique et poésie », mais pas toutes. Ce qui les rassemble c’est surtout le fait que ce sont des créations, mises à part deux œuvres de Dominique Lemaître : « Still » pour flûte en sol (2010) et  « Cantus » pour flûte et percussion (1992) interprétée avec le merveilleux percussionniste Bernard Heulin.

 Suivent la « Fantaisie-Sonatine » de Philippe Drew puis « Epitomé » d’Alain Fourchotte, œuvres parfaitement intégrées dans le paysage musical contemporain.

 Le programme se termine avec « Rives d’Algues » d’Adam Walrand, œuvre qui pousse très loin le refus d’une quelconque filiation avec le passé et la tradition, à l’instar de Xénakis ou de Varèse chez qui on peut trouver encore quelques traces du passé : entrées fuguées, imitations, …Là le compositeur a fait table rase, et l’intérêt vient surtout de la progression des idées et de la densité et de l’épaisseur du son.

 A coté de cela l’œuvre précédente, mon « Ombre de Créuse » peut paraître très traditionnelle et très sage, quoique écrite sur une série non rétrogradable  de 12 sons dont chaque son est séparé du suivant par un intervalle différent.

Je suis en effet revenu, dans mon écriture, à mon amour immodéré pour la belle courbe mélodique bien sensuelle soutenue par un savoureux agrégat sonore, dans un discours logique mais imprévisible,  après avoir, moi aussi, fait ma table rase du passé. Tous casser, ce qui est l’apanage de la jeunesse, m’a paru, au bout d’un certain temps, fastidieux et peu satisfaisant par rapport à ma culture et surtout par rapport à ce que j’aime dans la Musique. Maintenant je me moque d’être ou non « dans le vent » et j’écris ce qui me plait, ce qui m’émeut, ce qui me touche, ce qui m’apporte de la jouissance, ce qui chatouille agréablement le poil de mes oreilles.

 Mon style « dans le vent » me donnait bien, certes, quelques satisfactions d’esthète, mais ne me faisait vraiment pas « bander ». Aussi l’ai-je abandonné sans regret.

 

C’est pourquoi je ne saurais trop être reconnaissant aux merveilleux interprètes que sont François Veilhan et Brigitte Trannoy-Petitgirard (sans oublier Aline Artinian) d’accepter de s’investir dans une œuvre qui ne peut leur apporter que des critiques sarcastiques et des risées de la part de beaucoup de professionnels.

 ============================================================================

 

A l’effort d’élévation que demande l’art, à la rude discipline de sa pratique, aux exigences rigoureuses

de la création, la politique culturelle actuelle substitue la complaisance et la veulerie dans la facilité,

en admettant comme culture les procédés commerciaux industrialisés du divertissement.

(conclusion du rapport commandé par Matignon au Conseiller d’Etat Thierry Tuot, 2013)

============================================================================

 

La flûte possède de très nombreux adeptes et d’innombrables pratiquants, amateurs et professionnels, presque autant que le piano. Mais les récitals de flûte ne sont pas légions.

 

On se souvient de l’immense notoriété d’un Jean-Pierre Rampal dont la virtuosité et la sonorité toutes personnelles éblouissaient et fascinaient  le public  aux quatre coins de la Planète. Ses concerts au Théâtre des Champs Elysées étaient toujours combles.  

 

Même si le répertoire de Rampal était très restreint (il refusait d’aborder les œuvres des compositeurs de son temps :  « ce n’est pas mon truc, disait-il, il y en a d’autres qui font ça très bien »), on lui doit  d’avoir fait sortir la flûte de son rôle d’instrument d’orchestre et de l’avoir projeté sur scène en pleine lumière, comme ce fut la vocation de cet instrument, jadis et particulièrement à l’époque baroque.

 

François Veilhan est plus éclectique que Rampal dans ses choix de répertoire, et  son récital avec Brigitte Trannoy le 27 avril en l’auditorium du Conservatoire Berlioz nous a montré l’une des facettes de son talent de flûtiste qui est aussi bien à l’aise dans Bach que dans les nombreuses œuvres de musique contemporaine qu’il suscite de la part des compositeurs vivants.

 

Le programme du 27 avril est un hommage à l’art de la flûte « à la française ». Il se compose d’œuvres écrites par deux grandes figures de la Musique à qui l’on doit le renouveau de la flûte en France : Paul Taffanel (1844-1908) qui fut, entre autre, professeur de flûte au Conservatoire et Philippe Gaubert, chef d’orchestre réputé à son époque (1879-1941, soit une génération de différence), et flûtiste lui-même.

 

Les deux œuvres de Gaubert au programme, de facture très française, sont le véritable reflet du tempérament artistique et créatif d’un compositeur très ancré dans la vie musicale (parisienne) de son temps, attentif aux nouveautés de langage et de forme, ni en avance ni en retard, en un mot d’un grand intérêt artistique. Les deux œuvres de Taffanel, plus conventionnelles, valent surtout par leur virtuosité poussée à l’extrême.  Le flûtiste n’y a pour ainsi dire pas le temps de respirer ! Ce sont les œuvres d’un professeur de flûte qui veut démontrer qu’il n’a pas usurpé son poste de professeur. Son modèle de composition : les « variations » de Rossini pour clarinette et piano (ou orchestre), grand cheval de bataille des clarinettistes.

 

François Veilhan se joue des difficultés de ce programme, qui ne sont pas les mêmes dans Gaubert, plus attentif à la musique, que dans Taffanel, presqu’exclusivement préoccupé de prouesses techniques. Il sait apporter à ces deux musiques un éclairage très personnel, une vision d’ensemble très structurée, une musicalité retenue, une compréhension intuitive autant que raisonnée.

 

Il est aidé en cela par le jeu intelligent de la pianiste Brigitte Trannoy qui se montre une partenaire efficace, sachant établir un dialogue équilibré entre son instrument, dont le volume sonore est à maîtriser en face de celui de la flûte, plus frêle et plus délicat. Un bel exemple d’accompagnement réussi, laissant à chacun le rôle qui lui est dévolu, ni plus, ni moins.

 

Cette grande sensibilité que Brigitte Trannoy a montré dans son rôle d’accompagnement on l’a retrouvée dans son rôle de concertiste soliste lorsqu’en milieu de concert elle a interprété les « Impressions du Soir » de Villa Lobos, œuvre pour piano seul emprunte de romantisme, qui tranche avec l’ensemble de la production foisonnante d’un compositeur qui a abordé, avec bonheur, tous les styles, toutes les formes, tous les langages possibles dans le cadre de la tonalité et de la modalité, sans se laisser tenter par le dodécaphonisme naissant. Le romantisme sied parfaitement au tempérament de Brigitte Tannoy, elle semble « être tombée dedans » dès le berceau.

 

Un très beau programme par des interprètes inspirés et habités par la passion de la Musique.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×