Arnaud Marzorati

Arnaud Marzorati

Arnaud Marzorati

 

La chanson populaire française n’est peut-être pas encore tout à fait morte, mais elle est bien mal en point. On ne la rencontre vraiment que dans les musées et les bibliothèques. C’est pourquoi des initiatives comme celle d’Arnaud Marzorati sont indispensables pour nous rappeler que, dans tous les domaines, l’art populaire français a été une expression authentique qui, depuis toujours, a ému aussi bien les plus grands artistes et créateurs que le peuple dans sa diversité.

 

Il est vrai que les français d’aujourd’hui ont perdu le goût de chanter, d’exprimer leurs joies et leurs peines par le chant ; et surtout d’improviser une mélopée, un lamentu, une allégresse. Par ailleurs dès qu’il leur arrive de chanter ensemble, que ce soit lors d’une fête ou d’une cérémonie, c’est la cacophonie. On dirait une bande de conscrits avinés.

 

Par ailleurs leur langage est devenu standardisé, conforme ; les accents régionaux, comme la langue dont ils sont issus, ont disparus, balayés par le langage uniforme diffusé par les grands médias audiovisuels. Ne restent que quelques « tics » de langage, les uns vulgaires, les autres précieux et prétentieux. De « grands » présentateurs TV émaillent leurs propos de liaisons mal ajustées, pendant que d’autres mélangent et confondent allègrement les diphtongues, prononçant de la même manière les « on » et les « en ». Leur direction devrait leur demander de retourner à l’école primaire, mais s’en rend-elle compte elle-même ?

 

Les français d’aujourd’hui, que l’on prétend chauvins et xénophobes dans leur généralité, sont, en réalité, très accueillants. Ils n’ont d’oreilles et d’attention que pour tout ce qui vient d’ailleurs, d’où le succès de la chanson anglophone et de toutes les musiques africaines, hispanisantes, exotiques et autres, toutes marquées du sceau du commerce et du profit les plus éhontés. Sans doute ne se plaisent-ils pas dans la société démocratique que leurs pères ont construite, pour vouloir ainsi toujours s’en échapper, quitte à conduire le pays à la faillite.

 

Sur le plan musical nos plus illustres compositeurs n’ont pas écrit que des oratorios, des opéras ou des symphonies. J’ai moi-même consacré l’un de mes 30 disques pour DECCA aux « airs à boire » des baroques français : Rameau, Lulli, Marin-Marais, Campra, etc… dont les paroles savoureuses et toujours imaginatives, toutes à la gloire du vin et de l’amour, ne se retrouvent dans aucune tradition européenne excepté la nôtre.

 


marzorati-1.jpgLe spectacle d’Arnaud Marzorati, au Théâtre des Déchargeurs (29.04.2013) a pour titre « On n’est pas là pour chanter des cantiques ». Alternent des parties chantées, d’autres récitées, d’après des textes de nos plus grands auteurs : Rimbaud, Pierre Louÿs, Baudelaire, etc… car de qui a présidé à la conception du spectacle c’est surtout les textes plus que les musiques. Il s’agit donc d’un montage bien mené et bien calculé de pièces tournant autour des obsessions sexuelles de leurs auteurs, qui débute dans le plus imperceptible des chuchotements pour se terminer en apothéose dans le plus grand débordement, avec quelques instants de calme reposant .

 

Marzorati, qui a conçu la totalité du spectacle - l’adaptation, la mise en scène et les arrangements musicaux, - se montre là un très grand artiste, aussi bien par la qualité de sa voix que par son talent de comédien, tel un homme orchestre complet. Sa formation académique de chanteur n’a pas étouffé son tempérament de créateur.

 

Cela donne un spectacle complet lyrico-théâtral très homogène dans sa conception et dans sa réalisation, qui est accompagné par un trio de musiciennes accomplies : Mélanie Flahaut basson, Isabelle Saint-Yves violoncelle et Charlotte Gauthier piano, qui ne dédaigne pas de donner la réplique vocale avec de jolies voix justes. 

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