Antoine Tisné

Antoine Tisné

 

Très bonne initiative de Marc Zuili de consacrer un programme de musique de chambre aux œuvres du regretté Antoine Tisné (1932-1998), le 15 mars 2015, dans la belle acoustique de l’église Saint Roch.

Programme bien conçu dont on pourrait classer les œuvres en trois catégories : pour commencer de courtes œuvres, presque des ébauches ; Ensuite des œuvres « dans l’air du temps » et pour finir des œuvres vraiment personnelles, originales et détachées de toutes contraintes externes.

Ce programme a été servi par des interprètes solistes de très haut niveau qui ne négligent pas de s’intéresser à la création et à la musique d’aujourd’hui qu’ils servent avec beaucoup de talent, d’abnégation et de passion, comme cela se ressent dans leur jeu et dans le résultat de leur travail.

Pour débuter le concert  l’œuvre « Ma vie n’est pas cette heure abrupte » chantée par la jolie voix de soprano de Véronique Boyer accompagnée à l’orgue (bien entretenu) par la titulaire des lieux Françoise Levéchin-Gangloff. Oeuvrette au style très simple que ne renierait pas un compositeur néoclassique mais qui est bien en harmonie avec le texte de R-M.Rilke.

Puis la violoniste Florence Dumé interprète avec une agréable sonorité le « Caprice n°7 » qui a pour titre « Dans l’obsessionnel », sorte de tranche de musique sans début ni fin qui tourne avec obsession autour d’une tierce mineure « triturée » à l’endroit comme à l’envers.

Suit la « Monodie pour un espace sacré » servie par la jeune flûtiste Lou-Anne Goutier, courte œuvre de mélodie pure sans effets particuliers.

Juste avant l’entracte Barbara Marcinkowska, que l’on connait bien pour son activité intense en faveur de la musique contemporaine comme ce fut en son temps le cas de Jacques Wiederker, nous offre la première œuvre vraiment consistante du concert : l’Elégie pour violoncelle seul. On la sent très à l’aise dans le langage contemporain grâce à une longue habitude, et cela est nécessaire car l’œuvre est très virtuose.

Après l’entracte nous faisons un grand pas en avant « Sous le regard des étoiles », duo pour alto et violoncelle avec Liviu Stanese, lui aussi très impliqué dans la diffusion de la musique contemporaine, et Barbara Marcinkowska. L’œuvre pourrait s’apparenter à un « catalogue d’effets » inclus dans une succession d’objets musicaux, sorte de bric-à-brac hétéroclite qui traite le son à l’état brut, sans véritable volonté d’organisation dans le temps et dans l’espace. Antoine Tisné, dans sa curiosité raffinée, ne pouvait échapper à cette tendance qui eut son heure de gloire et qui, encore aujourd’hui, a de nombreux adeptes.

Le « Caprice pour violon n°15 » interprété par le Grand Artiste qu’est Alexis Galperine, aligne beaucoup de trilles et de trémolos dans toutes les nuances et toutes les vitesses, alternant avec des mélodies en lignes brisées dans lesquelles aucun son n’est conjoint. Très bel effet de contraste.

Puis Marc Zuili, flûtiste, l’instigateur de la soirée, entre en scène. Il a tenu à présenter d’abord et hors sujet une œuvre de la compositrice peu connue en France : Lera Auerbach, œuvre qui a pour titre « Monolog » et qui aligne beaucoup des effets exploités aujourd’hui par les compositeurs depuis que les flûtistes Pierre-Yves Artaud et Patrice Bocquillon les ont décrits minutieusement dans leur méthode sur la flute contemporaine. Marc Zuili enchaîne avec la « Partita pour flûte seule » de Tisné, œuvre dans laquelle le compositeur réunit harmonieusement toutes ses formes d’écriture. Interprétation magistrale.

Antoine Tisné a vécu toutes les transformations de l’écriture musicale du XXème siècle et, de sa place d’Inspecteur de la Musique au Ministère, il a été aux premières loges pour les observer et, à l’occasion, pour s’en inspirer quand elles répondaient à son besoin. Son style est passé d’une écriture tonale ou modale à une écriture « bruitiste », au fil des circonstances, en passant par l’inévitable dodécaphonisme. Le fait qu’il a réussi dans toutes ces directions avec un égal bonheur lui a été possible grâce à sa nature de véritable musicien et surtout grâce à la solide formation d’écriture qu’il a reçue dans les écoles qu’il a fréquentées.

Comme à l’office c’est l’orgue qui a le dernier mot. Pour terminer le concert donc Françoise Gangloff-Levéchin a su donner à la « Trame multicolore » de Tisné tout le reflet et toutes les couleurs que lui a permis la qualité de l’orgue de Saint Roch alliée à la science de la registration qu’elle maîtrise parfaitement.

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